
Le mémorial de la Joola, en arrivant par le fleuve à Ziguinchor
Après une semaine passée à Thiaroye, le voyage par bateau jusqu’à Ziguinchor, me voilà à Oussouye pour un séjour plus long que les années précédentes. Un séjour long, qui m’a permis de créer des liens. De comprendre un peu mieux le pays, découvrir qui intervient dans quel domaine. Pour commencer à créer des coopérations ou, tout simplement, créer des liens amicaux.
Des semaines très riches humainement.
Comme j’ai été accompagnée par une amie qui venait pour la première fois au Sénégal, j’ai été d’abord partiellement en version « touriste ».
Et spectatrice aux animations de la Bibliothèque Téba Diatta. Le « Festival des Contes » et la « Bibliopirogue » ont eu lieu, par hasard, en même temps et pendant mon séjour. Ces évènements sont organisés tous les ans par des professionnelles et des bénévoles en coopération avec la bibliothèque.
Les préparatifs pour nos missions
Une fois le « Festival des contes » terminé et mon amie rentrée chez elle, le vrai travail commence.
D’abord la logistique : Comme La Pointe Saint George est un petit village isolé, accessible en taxi ou voiture privée et sans commerce, il faut arriver avec tout ce dont on a besoin. Et Oussouye est certes une ville assez important avec des commerces, mais pour du matériel un peu plus spécifique il faut se déplacer à Ziguinchor. Et pour des livres, autre que scolaires, on doit les acheter soit en France, soit à Dakar. Ces déplacements, je les faisais à des moments ou je n’étais pas occupée à la bibliothèque.
Premier déplacement à la Pointe Saint George

La Pointe Saint George, habitat de villageois
Pour être au plus près des besoin de l’école, de la case santé et des villageois, un déplacement préparatif à la Pointe Saint George est nécessaire. D’autant plus, que le directeur de l’école avait changé et que Pascaline, l’aide soignante, était injoignable par téléphone pour discuter avec Natalie des besoins de la Case Santé.
Avec les enseignants, j’ai pu établir une liste des besoins les plus urgents. Aussi des choses auxquelles nous n’aurions pas pensé, comme par exemple : des vis et boulons pour réparer les tables dans les classes; trouver un moyen de récupérer les données du disque dur de l’ordinateur de l’école qui était HS… Nous devions aussi connaître le nombre d’enfants et adultes pour acheter les doses d’antiparasitaire. Un déplacement indispensable.
Les achats
pour la bibliothèque et la Pointe Saint George, une vrai galère cette année : des rouleaux de plastique pour couvrir les livres que nous avons apportées pour la bibliothèque, ainsi que la gouache pour les ateliers peinture étaient introuvables à Oussouye. Donc il fallait se rendre à Ziguinchor. Même là, c’était compliqué : j’ai du faire 4 papeteries pour tout avoir.
Et ce que j’ai pas pu trouver : «Natalie, tu as encore un peu de place dans tes bagages ??»
Pour les médicaments, pas de problème, on commande à la pharmacie d’Oussouye.
lien page achats à venir
À la bibliothèque
Avec la bibliothécaire nouvellement embauchée et deux autres bénévoles, nous avons entrepris le nettoyage des livres et des rayonnages . Une mauvaise nouvelle nous attendait : des termites se sont installées dans une étagère du bas et ont commencé leur grignotage.
Comme j’ai pris tous les rouleaux de plastique transparent disponibles à Ziguinchor, j’ai pu couvrir les livres achetés pour la bibliothèque, et une partie des albums pour enfants des rayons. En commençant par les moins abimés. Ce travail va être continué par la bibliothécaire que j’ai « formée », elle était bien d’accord que pour prolonger la vie des livres, mieux vaut les couvrir.
À condition, malheureusement, d’avoir le budget nécessaire – la commune ne paye que les salaires et l’électricité.
Pour le reste on compte sur des « bonnes volontés » : Nous avons payé le changement d’une lampe au plafond du bureau par un électricien, pour environ 7€, deux déplacements inclus. Même des sommes dérisoires pour nous ne sont pas disponibles ! Donc encore un grand merci à nos soutiens.
Maintenant les ateliers peinture peuvent commencer
Commencer à travailler en réseau
C’est l’avantage de pouvoir rester plusieurs semaines d’affilée, on crée des liens :
Par exemple avec l’association « Échange et partage ». Nous connaissions déjà plusieurs membres et leurs projets depuis quelques années, étant logés dans le même campement et en même temps. Cette année, nous avons pour la première fois rencontré leur équipe médicale, qui vient deux fois par année faire des consultations gratuits à l’hôpital d’Oussouye.
Au fil de discussions, j’ai appris qu’il y avait sur la commune des interventions (coopération entre l’inspection académique et la gynécologue de l’association) auprès de collèges et lycées de prévention contre les grossesses précoces et MST. Et aussi des réflexions concernant des serviettes périodiques lavables.
Un sujet important, dont on n’a pas vraiment conscience chez nous : La précarité menstruelle des filles qui souvent ne vont pas en classe pendant leur règles, faute d’avoir des protections.
Donc un projet rajouté en cours de route pour le projet « Santé » à la Pointe Saint George : Trouver des serviettes périodiques lavables à Oussouye, faites sur place, ou au moins faites au Sénégal. C’était un vrai jeux de piste. Il m’a finalement amené au collège Aline Sittoé Diatta et fait rencontrer des gens formidables.
Dont un bibliothécaire désespéré

Les serviettes périodique lavables dans leur jolie pochette

Attaque de termites au CDI
Une semaine à la Pointe Saint George
Tous ces préparatifs faits et Natalie arrivée, nous partons à la Pointe Saint George pour nos interventions – tout en sachant que les enseignants étaient en grève.
Ah, quelle gentillesse, être présents quand-même pour que nous puissions travailler.
Sur la photo manque l’enseignante du préscolaire : pour elle, pas de raison de faire grève, elle est payée par une association.
Nos ateliers à l’école
Nous ne sommes qu’à deux, chacune dans son atelier, un planning assez serré, donc nous voyons ce que fait l’autre que par bribes. C’est un peu frustrant, Il n’y a que peu de moments ou nous pouvons prendre des photos. Vous trouvez des explications avec quelques photos dans des articles à part, cliquez sur les liens :
a venir
atelier peinture
atelier santé
en classe préscolaire
La « Case Santé »

Pierre, le chef du village, se fait prendre la tension par Natalie
Le mercredi après-midi sans classe ou après l’école, nous ne chômons pas, une semaine sur place est court.
Mercredi après-midi : nous visitons la Case Santé avec Pascaline, l’aide soignante puis Natalie a fait savoir qu’elle serait là pour prendra la tension à tout ceux qui viendront.
Et il y a avait du monde : des personnes qui sont déjà traitées, certains qui ont arrêté le traitement trop cher, d’autres en bonne santé mais aussi un certain nombre que Natalie a du convaincre d’aller voir un médecin pour un éventuel traitement.
C’est difficile d’entendre quelqu’un dire qu’il n’a pas les moyens de payer un traîtement pourtant vitale et de ne rien pouvoir faire.
Bon, j’avais une piste, mais fallait d’abord rentrer à Oussouye et vérifier.
Sous l’arbre à palabres
Jeudi après la classe : réunion sous l’arbre à palabre avec les adultes et les filles de CM pour les antiparasitaires. C’est toujours un moment formidable. La population est très content d’avoir ces médicaments, en ressent un réel bénéfice. Mais ce qui est encore difficile à admettre par eux : le médicament n’est pas préventif, il faut faire des efforts personnels. Donc Natalie doit encore insister sur le problème de l’hygiène des mains…
Puis les hommes sont renvoyés. Oui, il y a des choses que les hommes ne veulent pas savoir : des problèmes spécifiquement féminins.
Au programme avec les jeunes filles et les femmes : parler des règles, et des protection périodiques. On nous avait prévenu que c’était un sujet tabou, que les femmes n’en voulaient probablement pas en parler devant les autres femmes du village. Mais une fois que Pascaline, l’aide-soignante s’est lancée, petit à petit les remarques, questions sont venues.
Côté filles : après que Natalie ait fait une petite introduction, elle a demandé à Pascaline d’intervenir en diolla pour être sur qu’elles comprennent bien. C’est qu’on a vu et compris : elle a beaucoup insisté qu’une fois que les filles aient des règles, il ne faut pas coucher avec les garçons pour ne pas tomber enceinte.
C’est le cycle menstruel que Natalie a surtout abordé, et on voyait bien que les femmes et filles manquent de connaissances biologiques. Les femmes voulaient savoir comment éviter les grossesses sans passer par le Planning Familial dont les maris n’en voulaient pas. Le sujet des préservatifs n’a pas été abordé, les femmes n’en ont pas du tout parlé.
Tout le monde était ravie du lot de serviettes périodiques lavables que nous avions achetés, nous en avons même du racheter.
Une fin d’après-midi très riche.
C’est un diaporama, si vous voulez agrandir les photos, vous cliquez dessus
De nouveau à la Pointe Saint George

En venant du fleuve avec la pirogue villageoise de Niomoune, vue sur l’habitat touristique
Une semaine après notre départ, en rentrant de quelques jours de vacances, nous sommes revenus exprès, sans prévenir, au village et à l’école. Et c’était très agréable, d’être accueillies avec des sourires.
Natalie tenait à faire un « porte à porte » :
Entre temps, renseignement pris auprès de l’association « Échange et Partage » on avait une possible solution pour les médicaments si chers : Oui, les consultations gratuites, combinées avec un don de médicaments pour 6 mois (dans la limite du stock) ne s’adresse pas seulement aux habitants d’Oussouye, tout le monde peut en profiter. Surtout pour les malades qui ont du mal à payer leurs médicaments, c’est un avantage.
C’est tout que nous avons pu faire : passer l’information aux personnes concernés, insister un peu. Reste à espérer que les familles se soient organisés pour aller à Oussouye.
On le saura à notre prochain séjour

De retour à Oussouye, promenade le long de la rivière
